Lorsque les parents consultent pour un bilan neuropsychologique, c’est souvent parce que
leur enfant présente des difficultés scolaires, de concentration, de comportement ou de
confiance en lui. L’objectif du bilan est de comprendre d’où viennent ces difficultés et
comment accompagner au mieux l’enfant dans son développement. Pour atteindre cet
objectif, il ne suffit pas d’évaluer uniquement les capacités intellectuelles, la mémoire,
l’attention ou les capacités d’apprentissage. Il est aujourd’hui clairement établi que l’état
émotionnel de l’enfant, tel qu’il se manifeste dans sa vie quotidienne, joue un rôle essentiel dans sa manière de réfléchir, de se concentrer et d’apprendre.
Les recherches récentes montrent de manière très nette que les difficultés émotionnelles
récurrentes – par exemple l’anxiété, le stress, l’irritabilité, la tristesse ou une hypersensibilité émotionnelle – peuvent affecter directement le fonctionnement cognitif. Dans une grande étude menée sur plus de 13 000 enfants et adolescents, Blok et ses collègues (2023) ont mis en évidence que l’anxiété ou une humeur fragile s’accompagnent souvent d’une baisse de l’attention, d’un ralentissement dans la réalisation des tâches et d’une mémoire moins efficace. Les enfants qui peinent à gérer leurs émotions présentent souvent une impulsivité ou une agitation qui peuvent donner l’impression d’un trouble de l’attention, alors qu’il s’agit parfois avant tout d’une réaction émotionnelle maintenue dans le temps.
Les travaux de Lennon et al. (2014) montrent également que ces difficultés émotionnelles,
lorsqu’elles persistent, peuvent modifier le fonctionnement cognitif de manière plus
durable. Les capacités d’organisation, de planification ou de concentration peuvent varier en fonction de l’état émotionnel général de l’enfant, et non uniquement en raison d’un trouble neurodéveloppemental comme un trouble « dys » ou un TDAH. Ces résultats soulignent à quel point les émotions ne sont pas séparées des apprentissages : elles peuvent les soutenir, mais aussi les freiner lorsqu’elles deviennent trop envahissantes.
Cette interaction entre émotions et cognition peut parfois entraîner une confusion
diagnostique. En effet, plusieurs études, dont celle de Sadek (2023), rappellent que l’anxiété ou l’humeur dépressive peuvent imiter de manière très précise les symptômes d’un trouble de l’attention : difficulté à rester concentré, agitation, oubli ou dispersion. Si l’on évalue uniquement les performances cognitives sans prendre en compte l’état émotionnel global, on risque alors d’attribuer ces difficultés à un trouble neurodéveloppemental alors qu’elles trouvent leurs origines dans le vécu émotionnel de l’enfant. Cela pourrait conduire à un diagnostic erroné et à des réponses éducatives ou thérapeutiques inadaptées.
C’est pour éviter ce type d’erreur que les spécialistes de l’enfance recommandent
aujourd’hui d’intégrer systématiquement une évaluation émotionnelle dans tout bilan
neuropsychologique. Comme le montrent les recommandations de Nowinski et al. (2021), il est essentiel d’explorer ce que vit l’enfant au quotidien : les inquiétudes, les frustrations, la confiance en soi, les tensions familiales ou scolaires, mais aussi la manière dont il régule ses émotions face aux difficultés. Cette exploration ne vise pas à rechercher un trouble
psychiatrique, mais à replacer les résultats cognitifs dans un contexte plus large, afin de
mieux comprendre comment l’enfant fonctionne réellement et ce dont il a besoin.
En résumé, l’évaluation émotionnelle est une pièce maitresse du bilan neuropsychologique. Il est important de comprendre l’enfant dans sa globalité, pour lui donner la possibilité d’être pleinement compris et réellement aidé.
Bibliographie
Blok, E., Schuurmans, I. K., Tijburg, A. J., Hillegers, M., Koopman-Verhoeff, M. E., Muetzel,
R. L., Tiemeier, H., & White, T. (2023). Cognitive performance in children and adolescents
with psychopathology traits: A cross-sectional multicohort study in the general population.
Development and Psychopathology, 35(2), 926–940.
https://doi.org/10.1017/S0954579422000165
Lennon, J. M., Klages, K., Amaro, C. M., & Holmbeck, G. N. (2014). Longitudinal Study of
Neuropsychological Functioning and Internalizing Symptoms in Youth With Spina Bifida:
Social Competence as a Mediator. Journal of Pediatric Psychology, 40(3), 336–348.https://doi.org/10.1093/jpepsy/jsu075
Sadek, J. (2023). Attention Deficit Hyperactivity Disorder Misdiagnosis: Why Medical
Evaluation Should Be a Part of ADHD Assessment. Brain Sciences, 13(11), 1522.
https://doi.org/10.3390/brainsci13111522
Nowinski, C. J., DeWalt, D. A., Carter, A. S., Chacko, A., Gross, H. E., Perrin, E. M., Krug, C.
W., Holl, J. L., & Gershon, R. C. (2021). Recommendations for Assessment of Social,
Emotional, and Behavioral Health for the National Children’s Study. Frontiers in Pediatrics, 9, 624524.
https://doi.org/10.3389/fped.2021.624524


